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L'orobanche (I) :
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Les orobanches provençales sont des plantes de la famille des Orobanchacées. Suivant l'espèce, les fleurs sont bleues (Fig1) ou jaune très pâle (Fig2). Elles présentent toujours des poils glanduleux.

▲ Fig1: Floraison d'orobanche naine Phelipanche nana syn. Orobanche ramosa subsp. nana (Reut.).

▲ Fig2: Floraison d'orobanche du lierre Orobanche hederae (Vaucher ex Duby 1828).
La couleur bleue (anthocyanes) des fleurs d'O. nana peut être un signal mais nous n'avons pas observé d'animal pollinisateur.
La fleur d'orobanche du lierre présente quant à elle un syndrome entomogame incomplet :
- Fleur de taille moyenne (1 cm), inodore pour l'observateur humain,
- Corolle bilabiée, la lèvre inférieure pouvant servir de piste d'"aterrissage" (Fig3),
- Le stigmate jaune est papilleux mais fragile. Le style se replie vers les étamines en l'absence de fécondation.
- Peu ou pas de pollenkitt collant (Fig4), nous avons observé quelques rares gouttelettes huileuses (*),
- Les grains de pollen sont petits (27,5 ± 0,5 µm, P ≤ 5%, k = 50).

▲ Fig3: Détail des fleurs d'orobanche du lierre (Sg = stigmate, Et = étamine)

▲ Fig4: Pollen d'orobanche du lierre, barre = 25 µm
(flèches : a = paroi fine, b = déchirure par le tube, c = tube pollinique, d = gouttelette huileuse)
Le fruit issu du développement de l'ovaire après la fécondation (Fig5) est une capsule (**) qui contient de très nombreuses et très petites graines. Le tégument de la graine présente des ornementations caractéristiques (Fig6 et Fig7) qui varient selon les groupes d'orobanches.

▲ Fig5: Ovaire d'orobanche du lierre,
(flèches : 1 = reste du style, 2 = insertion sur l'axe)

▲ Fig6: Graine d'orobanche du lierre, MO x10
(Lmax = 0,41 ± 0,05 mm, P ≤ 5%, k = 10)

▲ Fig7: Ornementations du tégument de la graine de O. hederae, MO x40, barre = 22 µm.
L'orobanche produit de nombreuses petites graines issues de la pollinisation de la fleur. Mais aucune des parties aériennes de la plante d'orobanche n'est chlorophyllienne. En effet aucune feuille développée n'est visible, les bractées à la base des fleurs sont réduites à des écailles brunes et l'axe de l'inflorescence est violet (Fig8).

▲ Fig8: Inflorescence d'orobanche du lierre (Orobanche hederae)
Chez d'autres plantes à fleur comme le lierre, les feuilles vertes exposées à la lumière réalisent la photosynthèse.
Ce métabolisme permet la production de diverses matières organiques. Ces matières organiques permettent à la plante chlorophyllienne d'accomplir son cycle biologique de la graine à la graine.
C'est en détournant les matières organiques de l'hôte que l'orobanche peut accomplir son cycle (Fig9).

▲ Fig9: Cycle biologique d'une orobanche, modifié d'après (1)
(a = Dispersion et imbibition des graines dans le sol, b = Déclenchement de la germination et croissance orientée par les strigolactones
(****) émises par l'hôte, c = Formation du tubercule (t) par accumulation de matière prélevée sur l'hôte, d = Développement de l'axe florifère de nouvelle génération, e = Dispersion des nouvelles graines)
Bilan:
Des aspects caractéristiques de la vie parasitaire sont retrouvés chez l'orobanche :
- Production d'un très grand nombre de diaspores; les graines. Une plante d'orobanche peut produire des dizaines de milliers de graines.
- Grande longévité des diaspores (plus de 10 ans dans le sol) et absence de germination tant que l'hôte n'a pas été détecté.
- Recherche active de l'hôte par les nouveaux individus ici par croissance orientée de la racine d'orobanche.
Un autre aspect serait une possible tendance à l'autogamie ce que suggèrent les caractéristiques de la fleur d'orobanche du lierre. Néanmoins si nous ne connaissons pas de pollinisateur pouvant assurer une pollinisation croisée, la grande diversité des hôtes attaqués repose sur une diversité intra-spécifique. Ce qui indique une diversité génétique davantage compatible avec une allogamie. Les modalités de la pollinisation chez les orobanches semblent peu étudiées.
Quoiqu'il en soit les adaptations à la vie parasitaire sont efficaces au point que les orobanches peuvent représenter un danger pour les cultures.
Remarques:
▲ (*) Le colorant utilisé (carmin-acétique de Sémichon) peut avoir éliminé une partie des composés hydrophobes.
▲ (**) En botanique, une capsule est un fruit sec déhiscent (qui s'ouvre) formé d'un ou de plusieurs carpelles.
▲ (***) Un parasite est un organisme qui prélève sa matière organique sur un autre organisme (l'hôte) sans nécesssairement le tuer. C'est ce qui distingue un parasite d'un parasitoïde et d'un prédateur.
▲ (****) Les strigolactones sont des molécules produites par la racine et agissant sur le développement de la plante. Ce sont donc des phytohormones. Elles interviennent aussi dans les interactions symbiotiques mutualistes {racine~champignon} ou {racine~bactérie}. Enfin elles jouent un rôle dans la relation parasitaire {Orobanche / plante verte}. Cela s'apparente au détournement d'un signal par l'orobanche. Mais on peut aussi considérer que les symbioses mutualistes sont des relations initialement parasitaires qui s'équilibrent.